Les phares hurlent en me frôlant, mes jambes sont solides mais vibrent comme si j'étais sur une chaise électrique à chacun de leur passage. Je ne cesserais pas de marcher, leurs yeux brûlants percent l'obscurité, l'encre me ravale aussitôt, j'ai juste le temps de voir les lignes blanches. Les reportages disent qu'un piéton sur l'autoroute ne survit pas plus de trente minutes en moyenne, mais je dois être vraiment chanceuse car je crois que ça va bientôt faire deux heures que je suis là.
J'ai cette musique dans la tête, mais je ne l'ai pas entendue dernièrement, je ne sais même plus quel titre elle a, à vrai dire je ne pense même pas que je l'apprécie tant que ça. Une espèce de soupe pop que tout le monde oubliera.
Ça me donne même envie de danser, tournoyer sur les lignes comme un conducteur bourré devant un flic suspicieux, mais mes jambes sont automatiques, je suis un pantin qui chantonne une chanson stupide à 3h du matin sur une double voie.
Un pas après l'autre, plus j'y pense, moins j'arrive à faire le mouvement. C'est comme les mots qui perdent leur signification lorsqu'on les répète assez de fois.
Et là, je m'arrête. Pourquoi?
Et là, je me retourne, un camion passe et fait s'envoler mes cheveux avec son klaxon.
Je vois les yeux, un fauve roulant à toute blinde, j'aurais tellement voulu que ce soit une Tesla, ou bien une Porsche, une Rolls...
Mes baskets mordent le bitume quand je me dirige pour embrasser le pare choc.
Les yeux du conducteur veulent dire tout ce que sa bouche n'a pas le temps d'exprimer, un mégot tombe de ses lèvres au moment exact où ma tête s'envole comme une chouette polaire, un éclair blanc dans le crissement des pneus noirs.
Une Fiat Panda, et merde.
Encore un de ces connards de hippies.
Les phares hurlent en me frôlant, mes jambes sont solides mais mes oreilles bourdonnent, les cris et les feux de détresse, j'entends les sirènes qui chantent, la police ou les pompiers, une cacophonie qui me grise.
Le hippie s'est bien éclaté sur la glissière, d'autres ont pu s'arrêter et errent statiques, collés à leurs smartphones, hurlant, pleurant, et personne ne comprend.
Je ne cesserais pas de marcher, mes yeux brûlants irradient l'obscurité, cette foutue chanson va me rendre dingue.
Les lignes blanches se suivent et chacune m'attire plus loin comme un aimant.
J'espère vraiment que la prochaine sera une Lexus.
The headlights scream as they whiz past me, my legs are strong but vibrate as if I'm in an electric chair with every one they pass. I keep walking, their burning eyes pierce the darkness, the ink swallows me whole, I barely have time to see the white lines. News reports say that a pedestrian on the highway doesn't survive more than thirty minutes on average, but I must be really lucky because I think I've been here for almost two hours.
I have this song stuck in my head, but I haven't heard it lately, I don't even remember the title, to be honest, I don't think I even like it that much. Some kind of pop music that everyone will forget.
It even makes me want to dance, to twirl on the lines like a drunk driver in front of a suspicious cop, but my legs are on autopilot, I'm a puppet humming a stupid song at 3 a.m. on a dual carriageway. One step at a time, the more I think about it, the less I can manage the movement. It's like words that lose their meaning when you repeat them enough times.
And then I stop. Why?
And then I turn around, a truck goes by and its horn whips my hair.
I see the eyes, a beast speeding along, I so wish it had been a Tesla, or a Porsche, a Rolls...
My sneakers bite into the asphalt as I lean forward to kiss the bumper.
The driver's eyes try to say everything his mouth doesn't have time to express, a cigarette butt falls from his lips at the exact moment my head flies up like a polar owl, a white flash in the screech of black tires.
A Fiat Panda, damn it.
Another one of those hippie assholes.
Headlights scream as they whiz past me, my legs are strong but my ears are ringing, the screams and hazard lights, I hear sirens wailing, police or fire trucks, a cacophony that intoxicates me.
The hippie had a blast on the guardrail, others managed to stop and wander about, glued to their smartphones, screaming, crying, and nobody understands.
I won't stop walking, my burning eyes pierce the darkness, this damn song is driving me crazy.
The white lines follow one another and each one draws me further like a magnet.
I really hope the next one will be a Lexus.